Un court-métrage
MERCENAIRES
Messieurs, Mesdames, j'ai l'honneur de vous présenter mon court-métrage de fin d'année, entièrement produit par le C.L.A.P. ( Notre association, Hissé ho !) et réalisé avec 4 amis. MERCENAIRES, c'est presque 5 mois de boulots, de casting, de repérages, d'écriture, de découpage, de préparation, de tournage, de montage, de composition musicale, d'effets spéciaux... Je n'ai pas osé le faire lors de la cérémonie, mais je tiens à remercier et à féliciter toute l'équipe, Loïc, le producteur aux petits oignons, Pierre, qui a su éclairer nos acteurs, Quentin, pour sa rigueur nécessaire et son soutien dans ce cruel world, Nicolas, religieusement et relationnellement votre, ainsi que touts les acteurs qui nous ont accordé de leurs temps, Valentin, Daniel, Tony, Annabelle, Gérard, La St-Mich Team (HUHUHU), Ugo, Mémé, Jéjé, Lara. Je tiens encore à remercier Pierre pour la musique qu'il a composé et qui est au-delà de ce que nous pouvions espérer, ainsi que Meumeu, qui a fait péter la baraque et à Emilien, qui nous a accordé 12 pistes avec brio ! A vous maintenant, spectateurs, de faire vivre le court et de le partager si l'envie vous en dit. Merci pour l'aventure. A bientôt.
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J'irais danser sur vos tombes
Aujourd'hui, Patrick s'est arrêté dans son travail. Il était à son bureau. Il a regardé tout autour de lui. Son voisin de bureau travaillait. Pourquoi devions-nous passer notre vie à travailler ? Un homme souriait à une femme blonde à la poitrine généreuse. Une vague acide remonta à la gorge de Patrick. Nous étions une génération d'hommes élevé par des femmes. Des pleutres maternés. Des sexes mous. Il sentit sa chemise lui coller à la peau. Un homme lui amena un dossier et lui décocha un regard hautain. Pourquoi devions-nous perpétuer cette comédie inhumaine ? Faire valoir ses couilles plus que les autres ? Il avait envie d'exploser. Il regarda le plafond. Pourquoi n'étais tu pas capable de dire aux gens qu'ils étaient des connards ? Il respira. Pourquoi ne trouvais-tu pas en toi le mot aimer ? Il respira encore. Pourquoi, après 2000 ans d'histoire, les hommes courent-ils toujours à perdre haleine pour acheter des choses qui n'ont pas besoin pour le montrer à des gens qui s'en foutent ? Il ferma les yeux. Si seulement c'était possible de s'arracher tout le mal qu'on avait en soi comme on arrache une mauvaise herbe. Si seulement c'était possible d'extraire de son corps les remords, la culpabilité et la haine, et qu'ils puissent s'accumuler dans des glandes, puis suppurer par un orifice pour ne plus jamais revenir. Si seulement on pouvait mettre les sentiments sous vide et pouvoir les jeter dans une benne à ordure prévue à cet effet. Il regarda ses mains. Les traces informes de ses empreintes. Les failles au creux de sa paume. Il n'y voyait pas le chemin de son existence. Il ne voyait rien qu'une plaine aride et desséché. N'y avait-il pas quelqu'un sur Terre qui avait été moins con que les autres et qui avait jour trouver le secret pour ne pas répéter éternellement les mêmes conneries ? Patrick leva les yeux. Il les ferma. Il enfonça une main entre ses côtes, sous sa peau, comme un couteau dans une plaie, il en sortit une poche gluante, tel un foie gangréné, et la jeta sur son bureau, noire et fumante. Aux yeux de tous. Il rouvrit ses yeux. Le dossier était toujours là.
"Je n'écris pas des histoires sophistiquées pour intellos, ni des récits recyclables en séries télé; je parle de moi. Ce qui me pousse à écrire, ce n'est pas l'envie de changer le lecteur, mais plutôt de lui faire savoir qu'il peut changer. J'écris sur la vie, sur la mort, sur l'amour et toutes les façons de le gâcher - et d'en réchapper. J'écris sur la folie et la mort. J'écris pour la survie de mon coeur."
"J'ai essayé d'arrêter de boire je ne sais combien de fois avant d'y parvenir. Un week-end, je décide de m'enfermer dans un motel où j'avais l'habitude d'aller avec un copain et quelques filles pour picoler, quand j'étais étudiant, vingt ans auparavant. J'étais dans un sale état, j'ai fait une crise de delirium tremens. J'avais des hallucinations, j'entendais des sons étranges en provenance d'une bouche d'aération. J'ai pris mon couteau et j'ai dévissé la plaque. Et à l'intérieur de la bouche, j'ai trouvé de l'héroïne, de l'argent, des tickets de baseball, et plusieurs permis de conduire, qui portaient chacun la photo de mon vieux copain à différentes époques de sa vie. Je me suis enfui en courant. Quelques jours plus tard, j'ai décidé d'appeler l'oncle de mon copain. Qui m'a révélé que mon ami s'était suicidé dans ce motel quelques semaines auparavant..."
Dan Fante
Les supers aventures de Patrick
Aujourd'hui Patrick a regardé son émission de télé-réalité préférée. Les participants sont filmés pendant les derniers jours qu'ils leurs restent à vivre. Ils sont souvent atteints de maladies incurables. Cancer de la prostate. Sida. Tumeur au cerveau. Alzheimer. Maladie étrange de la peau, le participant préféré de Patrick. Un vrai film d'horreur, cet homme. Des paris sur Internet spécule sur la date de sa mort. Patrick a de bonne chance de gagner. On le filme en gros plan dans son lit d'hôpital. On les suit chez le dermatologue. On le suit au toilette. Patrick ne loupe jamais cette émission. Il y a aussi Gérard, qui a un cancer du colon. Il est bien connu, parce qu'il a un accent marseillais et parce que sa chienne s’appelle Dalida. La caméra a filmé sa coloscopie, un moment culte. Gérard est maintenant tout seul dans sa chambre. Il confie à la caméra qu'il regrette de ne pas avoir été avec les gens qu'il aimait. Sa chienne Dalida a sa tête posée sur les draps. Elle le regarde avec compassion. « Dites-un mot à nos spectateurs, Gérard ! Quel est la dernière image que vous aurez ? Dites-nous... », demande le caméraman, surexcité. Gérard regarde le plafond. Il est muet et froid. Patrick change de chaîne.
Les supers aventures de Patrick
Aujourd'hui, Patrick a croisé sa voisine en descendant les poubelles. Elle était en pyjama. Le bout de sa robe de chambre s'arrêtait aux genoux. Patrick a fixé cet endroit. La limite entre sa peau douce et l'étoffe. La peau. Le grain de beauté. Elle lui a fait un sourire timide. Patrick a sourit bêtement. « Vous avez vu, Godzilla est partit de la ville ! » a-t-il dit, ne sachant par quel sujet de conversation commencer. « Comment ? » a-t-elle répondu. « Bin, oui, comme il l'annonçait sur TFONE... » Elle la regardé de travers. Il a voulu lui dire quelque chose, mais il a baragouiné un fouillis de mots qui ne voulait rien dire et il a fini par lui dire « Au revoir. » « Au revoir », lui a-t-elle répondu. Elle a refermé la porte. Il est resté seul dans la cage d'escalier. A écouter le silence. Il a entendu le camion poubelle passer. Il bandait.
Les supers aventures de Patrick
Aujourd'hui, Patrick a posé une méga-pêche. Il a regardé son beau bronze bien roulé et il a tiré sa chasse d'eau. Pendant un instant, il a imaginé un truc. Il a vu sa cuvette comme un intestin. Il a vu sa merde couler à travers les canalisations comme si elle naviguait dans un immense intestin. Il a alors imaginé la merde sortir par un trou. Mais dans quel chiotte elle tombait ? « Dans la fosse septique... », lui a répondu sa mémoire. « Ah oui », a-t-il répondu. Mais est-ce qu'il y avait une fosse sceptique dans son immeuble ? « Euh » , a bégayé sa mémoire. S'il n'y en avait pas, où allaient donc son beau bronze ? Il s'est lavé les mains. Il a réfléchi. Il a fermé la porte des chiottes et il a allumé la télé.
La Chute du Cavalier Bouffon
A la sortie de mon taff chez Paul, j'ai rejoins mon pote des rives de Meurthe dans son nid perché en vieille ville.
On a fêté la fin du boulot et la démission de Berlusconi. Et pour couronner le tout, on s'est maté Amarcord, de Fellini. Les râles d'une herbe de Provence jamaïcaine nous ont bien aidé dans cette séance de planeur entre les rêves et les souvenirs felliniens, et c'est ainsi que l'on a vécu quelques heures magiques et tendres, avec un flanc nature et l'histoire du Petit Prince en bonus. Le film achevé, je n'en revenais pas. Le génie de Fellini m'avait tourneboulé la tête. J'avais envie de parader dans la rue déguisé en pirate troubadour et de rentrer faire la java dans un bar pour embrasser une fille aux gros seins qui aurait de la moustache.
Je me suis finalement arraché sur les coups de 2 heures du mat.
J'ai salué de la main Mister Stronzo qui était à la fenêtre et j'ai embroché sur mon humble destrier brinquebalant à deux roues.
C'est à partir de cette instant qu'une étrange poésie s'est déroulée devant moi, un éventail de saynètes grotesques et drôles, sans queues ni têtes, comme si l'âme de Fellini avait décidé de m'offrir quelques scènes coupées.
Décadenassant mon vélo, je vois passer un quatuor chantonnant, marchant suivant une apesanteur modifiée qui leur donnent des airs d'astronautes débutants. Ils sont habillés fashion, un peu gay pour les mecs, un peu donzelle bon-chic bon-genre pour les nanas. Le type à la coupe de cheveux mi-rasé, mi-gazon en fleur, tient une bouteille de vin, et pousse les trois autres. Ils chantent en sautant : « C'est bon çaaaaaa ! Corde à sauter, hé, hé... Corde à sauter, hé, hé... ». Je reconnu la chanson du mec de St-Dié-Des-Vosges. Je marque une note dans mon calepin cérébrale pour Lolo et je m'en vais. Je pense que l'avenir de la musique populaire appartiendra à celui qui arrivera à faire la chanson la plus merdique au monde. Vincent Lagaffe l'avait compris. Car il est beau le bidet. Il est beau le lavabo.
Plus loin, deux ombres rasent les murs.
Le bras accroché à l'épaule d'une fille, un type se fait traîner sur le trottoir. Il ne tient pas debout. Il s'arrête un instant, fait mine de tomber. La fille le rattrape. L'homme s'accroche à son cou et regarde langoureusement son infirmière improvisée, pris d'une fougue romantique incontrôlable. Il lui fait un bisou dans le cou. Il tente de viser les lèvres, mais la fille évite le tir et le mec se vautre comme un con. La fille le ramasse et l'engueule. Le type s'excuse platement. Un peu plus et il se mettait à chialer. Je connais ce genre de choses. Profiter de l'alcool pour passer du bon pote à l'hypothétique plan cul. C'est tendre et drôle.
Je continue ma petite traversée parmi les noctambules, les bulletins et les tintamarres. J'entends des types beugler à la sortie des bars. Des nanas dégringolées sur l'escalier maladroit de leurs rires à gorges déployées. Des types mystérieux fument leurs clopes comme s'ils tournaient une pub Dolce et Gabanna, le genou remonté et la mèche au vent.
Je passe devant les Artistes et leur terrasse bondée. Je prends le virage pour remonter sur Dombasle Square. J'assiste à la fermeture de la Corne d'Or, un célèbre restaurant de Nancy ( 3 sauces blanches au Guide Zulficar ). On dirait une scène du Parrain tourné en Turquie. Des types avec des têtes pas sympa du tout attendent sur les côtés, les mains croisées, les sourcils froncés et des épaules larges comme des Dürums formats familials. Plusieurs autres types attendent devant leurs grosses Peugeot 806 tuning avec néons bleus à l'intérieur, effet boîte de nuit. Un p'tit mec descend avec la caisse de la journée, le regard affuté. Joe Pesci n'aurait pas fait mieux. Par ici les biftons. Je sors mon katana de mon sac de tortue, je saute de mon vélo et j'engage le combat pour défendre mes valeurs et mon territoire. Je zigouille le premier, j'apprends à l'autre la technique du surimi en rondelles, je fends 3 autres comme des bûches et je m'empare du magot, démarrant les fusées à rhum de mon dos pour m'envoler dans la nuit grasse et noire de Nancy-Town Valley.
Ou plutôt je passe devant eux et je continue ma route zigue-zaguante.
Je n'sais plus.
A la sortie du McCarthy, une cohorte de funambules se tient bras d'ssus, bras d'ssous, le décolleté à l'air et l'haleine pleine de poésie. Deux copines entonnent une chanson de notre jeunesse, avec des voix débraillées, à l'envers sur l'octave : « Cè l'histooooOOOOOOiiiiiire te la viiiiiiiiiiie... Un truc éééééternèèèèèèèlllleuuux ! »
Je les perds de vue. J'entends leurs voix derrière moi, comme une bande-son fictive. L'arche de triomphe se dresse plus loin, tout blanc, tout illuminé. Je vise une porte pour passer à travers. Quelques êtres humains se sont regroupés, près de l'Ambassy. Je ralentis. J'aperçois une personne de sexe féminin en train d'accomplir un rituel que je ne connaissais pas et que je ne pensais pas pouvoir un jour avoir la chance d'observer de mes yeux d'ethnologues urbains à la noix. Sur la pointe des pieds, elle se dresse au-dessus d'un petit poteau d'acier trempé et essaie, semble-t-il, de se l'enfiler dans la chatte. J'en perds mes mirettes. J'analyse. Oui, je confirme, elle essaie bien de voir quel effet ça fait de se prendre un godemichet de la place publique.
« C'est pas bien de baiser avec des poteaux... » dis-je.
Elle lève sa tête et sourit.
« Mais j'aime tellement ça... »
Je rigole tout seul, passe sous l'arche, vire à gauche et effleure les derniers clients de l'Ambassy, dont le type à la grosse bedaine qui tient l'épicerie turque où des vieux jouent au domino. J'évite deux trois bourrés, je redresse la barre et j'avance tout droit, mon casque sur la tête, l'esprit ailleurs et la tête dans ...
BOUM !
Oh putain.
Je n'ai pas le temps de comprendre kesskispass. Un noir apparaît sur mes écrans de contrôles. Un poil de secondes de néant. Je me retrouve par terre, avec Saturne, Sœur Thérésa et 4 licornes roses qui dansent la digue du cul sur l'orbite de mon crâne. Je me relève sur le coup, à la bourré, je fais semblant de n'avoir rien de cassé, même si j'ai un peu mal au visage et que mes jambes flagelles comme des spermatozoïdes. Ce n'est rien, oui, ce n'est rien. Je viens juste de me prendre un poteau en pleine poire. C'est tout. Des types dans une voiture arrêtée au feu me jaugent. Je me sens con. Je redresse rapidement mon humble destrier qui a les cornes à 90° et je reprends la route aussi vite. Sauf que je manque de me brouter une seconde fois. Je pars alors à droite, dans les coulisses d'une petite rue et je m'arrête.
3 mecs sont en train de bouffer leurs kebabs, debout sur le trottoir. Ils se croyaient peinards, isolés de tout, savourant leurs repas de minuit entre potes. Et bien non. Je débarque.
Ils s'arrêtent dans leurs mâchouilles. Un bout de salade au bout de la langue. Des yeux exorbités. Batman serait descendus du ciel en tutu avec des pistolets bananes dans les mains, je pense très certainement qu'ils auraient fait la même tête.
« Héhé... Bonsoir... » dis-je.
Ils ne pipent mots.
Je tourne autour de mon vélo. J'inspecte la bête. La roue qui divague. Une petite égratignure sur le cadre. Le guidon à 90°. On dirait un tableau de Picasso.
« C'est pas trop difficile ? » dit un type en survêt blanc, chaîne en or qui brille.
« Si ! » répondis-je, « Surtout que je viens de me prendre un poteau dans la gueule... »
« Ah ouai... »
L'un des types sourit à un autre. Je fais mine de sourire aussi et je redresse mon guidon devant leurs kebab ébaubit, tel un magicien. Je remonte sur la selle.
« Salut ! »
Mes jambes font toujours la salsa. Je me sens toujours aussi con, mais je rigole tout seul.
Je traverse la place Maginot en roue libre. La rue déserte. Seul. La bride lâché. Le sifflement doux du vent qui s'envole avec la vitesse. Je lâche les mains. J'inspire à fond. J'obtiens cette respiration miraculeuse. Peut-être que vous la connaissez cette bonne respiration, celle que vous sentez descendre tout au fond de vos poumons, vous enlevez tout l'air qui stagne au fond et vous remonte dans le ventre pour vous laisser ragaillardie, léger et repus.
Je laisse défiler le vent. Le vélo roule tout seul. Vivons nous seulement des instants + des instants, dans l'attente d'une fin ? Où y a-t-il des pauses, des ralentis, des moments plus intenses qui courbent l'espace-temps et laissent place à quelque chose de plus profond, plus massif ?
Le Caméo passe à côté de moi, comme un train opposé, avec ses affiches lumineuses et chaudes. Les personnages me regardent ou se mettent la tête dans les bras. Je remonte la côte emporté par la vitesse. Je passe les feux rouges. Je repédale.
Un cortège marche sur le trottoir, le long du Match. Elles sont plus d'une dizaine. Elles parlent à haute voix dans la rue endormie et leurs voix résonnent et proviennent d'une langue étrangère, une langue africaine bossue, vivante, musicale et pleines d'histoires. Elles sont maquillé à outrance, le rouge à lèvre en-veux-tu-en-voilà, des tissus jaunes vifs autour des fesses, des boucles d'oreilles dorés et polies. Je les quitte et je l'entends encore, le cortège des blacks bling-bling, si touchant, si poétique, si graveleux
Une voiture roule à ma droite. Je vois un type à l'intérieur, clope au bec. Il voit les black sur le trottoir, s'arrête illico presto et fais marche arrière dans un bruit de cassette rembobiné. Je sourie. Je me demande si elles sont toutes prostituées. Ou si c'est moi.
Deux types discutent devant un bar encore allumé. De la musique raï résonne dans la ruelle. Je monte le pont, je relâche la bride et je me laisse couler jusqu'à chez moi.
Je pensais à ce moment là que les rencontres bizarres seraient finis, quand soudain, après avoir ouvert la porte, je me suis retourné et je l'ai vu.
Je m'essuie les yeux.
Je regarde à nouveau.
Ah ouai, c'est vrai en plus.
Un type est assis sur une marche devant une porte d'entrée d'immeuble dans la rue. La tête baissée. Les bras ballants. Il ronfle. Je range mon vélo. Je sort mon arme de mon sac. Je regarde s'il y a personne à gauche ou à droite et je m'approche de l'homme comme dans un safari lorsque l'on doit s'approcher pour voir un lion pioncer après sa cuite du samedi soir.
Je le photographie. Une fois. Deux fois. Ah, putain de bagnole, tu niques mon cadre. Je m'approche plus près. Paysage. Portrait. Le lion ne bouge pas d'un poil. Je pourrais lui mettre une banane dans l'oreille, il ne remarquerait rien. Je pourrais même le mettre dans des positions obscènes et tout, mais bon, faut savoir vivre avec une éthique. Je prends une petite et je détalle en ricanant. Je me retourne encore une fois. Le lion a bougé. Il cherche un truc dans sa poche. Oh putain. Il sort ses clés. Il essai de se relever, mais sa jambe glisse et ses bras retombent de dépits. Il s'adosse et replonge dans le coaltar, marmonnant des insultes contre Morphée et Alcool.
Je remonte alors chez moi. Je me défroque. Je me brosse les dents. Au moment de fermer les volets, je le revois en bas, comme une souche abandonné devant sa porte, tout seul, tout triste, incapable d'ouvrir une porte pour rentrer chez lui. Je le vois qui essaie de ressortir ses clés, mais il échoue à nouveau et se recale contre le mur poursuivant un énième roupillon.
Ouai.
Des putains de scènes coupées.
Allez. Il est temps de dormir. Bonne nuit les petits.
The Marbles.
Des scintillations. Des nerfs qui se connectent. Des courants électriques bleus qui serpentent dans le noir comme des éclairs silencieux. Le grondement soudain de falaises qui explosent et s’affaissent. Ainsi commence le concert. Les deux guitaristes sur les côtés comme deux tours sur un échiquier. Le bassiste au centre qui fait le pivot. La batteuse derrière, toute pailletée, qui tambourine rock pulse temporise claque envoie la gomme kschlak. Les morceaux s'enchaînent sans prétention. La performance est muette quand les instruments foudroient. La voix est enfantine et rugissante. Sweet Bahamut. Un mélange entre Nine Inch Nails, Disappears, Mogwaï et PVT. Ce qui n'est pas un compliment, puisque l'originalité, je l'espère, domine la référence. Des arrêts silencieux. Des reprises assourdissantes. Des orgasmes violents, écorchés. Comme au fond d'une ruelle sous tension. La batteuse s'en donne à cœur joie. L'électronique pulse et décuple la pulsation. Les guitares repartent. Des mélodies se glissent et se collent tendrement. L'enfant et le dragon. Brute. Du feldspath. Du mica. Du quartz. Minérale. Le silence.



Vous pouvez les écouter içi.
UNDER WATER LOVE : A PINK MUSICAL
Onna No Kappa
de Imaoka Shinji
Ayant déjà vu une bande-annonce de cet objet filmique inclassable, je savais, l'hameçon en bouche, que le film que j'allais voir sortirait des entiers battus, défouraillerait à grands vent et qu'il me ferait peut-être l'effet d'une chanson joué à l'harmonica par un ours roulant sur un monocycle avec la bite à l'air. Ou un truc dans le genre.
Voyant sa tronche sur le programme du festival de Gérardmer, j'ai aussitôt hurler qu'il fallait se rendre à l'une des séances, sous peine de voir sa cinéphilie plombée d'un vide béant. Nous devions le voir. Quitte se battre. Quitte à jouer des coudes. Quitte à mordre jusqu'au sang. Quitte à faire le trottoir déguisé en Georgina.
Nous voici donc dans le Paradisio, juste après L'INTERLOCUTEUR (Chef d'oeuvre, dont vous trouverez une éloge dithyrambique un peu plus bas dans l'historique...).
Pour résumer, et comme l'annonce légèrement le titre, UNDER WATER LOVE : A PINK MUSICAL est une comédie musicale érotique. C'est un genre que je ne connaissais pas. Les Parapluies de Cherbourg de Jacques Demy pourrait prétendre au titre, mais il faudrait alors rajouter l'adjectif niais, kitsch, dégoulinant, ennuyeux, passé et incroyablement dépassé pour bien cerner le sujet, mais ceci est un autre débat.
Imaoka Shinji, réalisateur expérimenté de pinkmovie ( Il fait partit d'un groupe de cinéaste de ce genre : The Seven Lucky Gods...), nous présente une histoire d'amour entre une employée d'une usine de poissons et un kappa - créature du folklore japonais (Une sorte d'homme à bec d'oiseau pourvu d'un crâne creux qui contient de l'eau)- et qui se prétends être un ancien amour d'enfance de la demoiselle. S'en suit des divagations composées de danses kitsch sur fond de j-pop enfantine et onirique, de scènes d'amour torrides, tendres, curieuses, comiques, non censurées, mais sans pénétration ( Ah, l'érotisme et la suggestion...), autour d'un triangle amoureux, le tout sur un ton très décalé, entre grotesque et tragique, du bon nanard, sorti de nulle part.
La photographie est fraîche, ample, aérée à la lumière naturelle. Pour l'info, le chef opérateur de ce film n'est rien d'autre que Christopher Doyle himself, grand amoureux de la culture asiatique. On le connait surtout pour sa collaboration avec Wong Kar-Wai ( In The Mood For Love et 2046 ) et Gus Van Sant pour Paranoïd Park. Autant dire que c'est un gage de qualité, aux vues de cette collaboration curieuse et rafraîchissante. Comme quoi, on peut oeuvrer sur tout les bords, dans les cadres satinés et plastiques des chambres d'hôtel, comme sur les bords de mer verdoyant du Japon avec des kappa dansant en arrière plan.
Si je vous recommande ce film, c'est surtout à cause de la bite du kapa, un argument de choc. En effet, je n'avais jamais vu un membre de la forme d'un Mister Freeze à la pastèque. Jamais. Alors ça vaut vraiment le détour.
Voilà, vous êtes au courant maintenant.
Aujourd'hui, Patrick se sent pas très bien. Il n'arrive pas à dormir et il n'arrête pas de se poser 3 questions. Elles lui brouillent l'esprit. Elles l'obnubilent. La première : Y a-t-il un homme sur Terre meilleur que tout les autres ? La deuxième : Y a-t-il un h dans le mot fenouil ? La troisième : Ai-je déjà prononcé le mot explorer une fois dans ma vie ? Il s'est dit qu'il devrait installer un programme anti-questions dans sa tête. Comme un anti-virus sur son ordinateur. Une quatrième question s'est alors rajouter. Qui a bien pu lui écrire d'Irlande ? Il s'est levé dans le noir. Il allumé la lumière. Il a fouillé la poubelle, entre les mouchoirs de foutre et les épluchures de pomme de terre. La carte. Le ciel. L'herbe verte. Presque mangeable. Il l'a regardé encore, puis il est allé se coucher, la carte sous son oreiller.





