RELAIS
3ème partie.
- Oui Frérot, je sais...
Le proviseur du lycée Grimaud, Hector Grimaud, parle au téléphone avec son frère, PDG d'une multinationale de transport. Il lève les yeux au plafond tout en écoutant. Il batifole du regard. Il croise celui de sa secrétaire, assise dans un petit bureau adjacent. Elle a un chignon de cheveux blonds et un air sérieux malgré son chemisier qui baille et un soutien gorge dentelé. Elle tape à l'ordinateur. Elle croise son regard. Le proviseur acquiesce. Elle répond par un sourire et lui dit, en chuchotant :
« N'oubliez pas votre rendez-vous avec Mr Locar. »
Le proviseur réponds en muet.
« Oui. »
- Bon, je te laisse Bernard, j'ai un rendez-vous. Tu me raconteras le diner avec les belges demain.
Hector Grimaud raccroche et s'étire sur son siège. Il observe les jambes de sa secrétaire et sent monter en lui une bouffée de chaleur. Il s'imagine un scénario érotique en quelques secondes, une position sexuelle, un râle de jouissance, puis l'ombre du rendez-vous fait surface. Il détache son regard des gambettes et jette un œil sur son bureau tout neuf.
Un canapé de cuir noir se tient en face de lui. Une armoire vitrée, à gauche, dans un coin, renferme des appareils de mesure chimique et un sextant. Des tableaux d'arts abstraits sont attachés au mur. Seul la photographie de son grand-père dénote...
Toute une équipe de mineur, au fond de la mine, est là, entourée par les roches nues. L'éclair du flash éblouie les visages brouillons, les yeux fermés de certains, son grand-père au centre avec le coffre, une toile de peintre et un cristal de roche. Les visages sont fiers et heureux. Toutes la fortune des Grimauds, l'hégémonie de l'empire économique, tient dans cette photographie, car sans cette découverte...
Toc Toc Toc !
Une tête sort de la porte.
« Je ne vous dérange pas Mr Grimaud ? »
Hector Grimaud sort de sa rêverie et se relève brutalement.
« Non, non. Rentrez Mr Locar, rentrez ! »
Benoît Locar rentre.
« Asseyez vous. »
« Ça ira, merci... »
« Dites moi tout Benoît... »
« Et bien, c'est à propos de cet élève, Lily Elsass, je voulais vous parler de certaines de ces extravagances... »
« Oui... Celle qui a ramené un écureuil en classe, c'est ça ? »
« C'est bien ça... »
« Et bien, je trouve la sanction un peu disproportionnée... Vous auriez pu au moins en parler avec ses parents et clore le dossier ainsi... »
« Ecoutez Benoît, je sais que vous soutenez les causes perdues, mais je crois qu'il est légèrement disproportionné d'amener des animaux en classe. Comment ferons nous lorsqu'un élève ramènera une tarentule ? Un crotale ?»
Tout en laissant le proviseur continué sa logorrhée sur les adolescents et leurs animaux de compagnie, Benoît glisse légèrement sur la droite. Il fait quelques pas et s'approche de l'armoire vitrée. Il dépose un petit objet dans son dos, de manière à rester caché du proviseur. L'objet se clipse discrètement contre la paroi. Benoît acquiesce aux paroles de son supérieur, fait mine de le contredire, puis glisse sur sa gauche, l'air pensif et s’assoit. Il clipse un autre petit objet sous le bureau, en direction de la photographie des mineurs.
« Comprenez moi, Benoît, si une morale ne s'instaure pas avec vigueur, c'est la porte à toutes les dépravations... »
« Enfin, ce n'était qu'un écureuil... »
« Qu'importe ! Le lycée Grimaud n'est pas le repère du club des 5. Etre entre ces murs est un honneur. Ce lycée porte le nom de mon grand-père, je ne veux pas qu'il se transforme en zoo. J'espère être clair. »
« Parfaitement... »
« Je vais peut-être revoir la sanction, mais n'oubliez pas ce que je vous dis : le STANDING ! »
« Bien, Mr le Proviseur. »
« Bon, je vous retrouve demain pour le conseil de classe. »
« Parfait. »
Benoît salue la secrétaire, qui lui répond par un sourire en coin, et sort du bureau. Il allume son téléphone portable et compose un numéro.
« Cheval à berceau, vous êtes avec moi ? »
« La course fut bonne ? »
« Oui, ça va. Tu peux te connecter aux caméras ? »
« Encore deux secondes, et j'y serais... »
« C'est pas berceau que j'aurais du t'appeler, mais tortue luth... »
« Dis moi, tu veux vraiment l'avoir ce code ou tu veux retourner corriger tes copies da glandeurs finis à la pisse ? »
« Accouche... »
« Il est encore dans son bureau. Il réfléchit. Il vient de fermer la porte de sa secrétaire... »
« Merci. »
« De rien, coco. »
Hector Grimaud se déplace vers le tableau. Il observe un instant la photographie. La vieille plaque sous verre, petite peau fragile et grisâtre. Les mines. Le coffre. Le trois-mats. L'instant magique. Il agrippe des ongles le bords du cadre et ouvre une paroi. Derrière le tableau, un coffre en métal polis apparaît, une molette en son centre. Il compose une suite de numéro et ouvre le coffre. Il prends quelques papiers et observe un instant le reste du contenu. Des cristaux de roche, des croquis, une toile.
« Tu as la combinaison ? »
« C'est bon. »
« Très bien Berceau. »
« Il a sortit quelques papiers du coffre. Cela ne me semble pas très important. C'est de l'administratif pour la boîte des Grimaud... Bon, tu es prêt à percer le mystère ? »
« Oui. Envoie-moi la combinaison par SMS. On se retrouve dans 6 heures, place Lana. »
« Bien. »
« Cheval à Berceau. Stop. »
« Stop. »
* * *
La nuit est installée.
Les ruelles dorment.
Des chats passent sous les voitures.
Un souffle se glisse sous la porte du lycée Grimaud, s'entourloupe dans le hall et file à travers un couloir vide. Il traverse une petite place calme et ombragée et se fait happé par un courant d'air...
Habillé de noir, Benoît dégoupille la poignée ronde de la porte et laisse l'air rentrer.
« L'alarme était désactivé depuis presque 21h... »
« Bon boulot ! » répond Benoît, qui rentre dans le secrétariat.
« Mais ducon, c'est pas moi qui a désactivé l'alarme. Elle est arrêté depuis 3 heures déjà, ce qui n'est pas logique, puisque je viens seulement de rentrer dans le système informatique»
« Y a personne dans le coin ? »
« Je ne sais pas. Les caméras m'ont lâché t'a l'heure. »
« Mais putain, qu'est-ce que tu fous ? Tu pouvais pas mettre des piles plus puissantes ?»
« Tu me parleras de piles une autre fois, rentre maintenant... »
« C'est ça, branque.»
Quelques déclics suffisent à ouvrir le bureau du Proviseur. Le courant d'air fait claquer la porte brusquement. Benoît sursaute. Il regarde aux alentours. Rien à l'horizon. Il referme la porte doucement, essaie de se calmer et fait un pas dans le bureau...
Il y a quelqu'un à l'intérieur.
Une silhouette se découpe à la fenêtre. Elle se tourne vers lui et bascule soudain dans le vide. Benoît n'a pas le temps de reprendre son souffle, qu'il se retrouve tout seul dans le bureau, une fenêtre ouverte et un voile de rideau qui ondule. Il s'approche de la photographie. Il déplace le cadre. Le coffre est ouvert. Il n'y a plus rien à l'intérieur. Juste un mot :
« Поцелуи. »
Benoît reste pantois.
« Putain... »
« Quoi ? », dit le Berceau, à l'autre bout de l'oreillette.
Benoît va à la fenêtre et jette un œil dehors.
L'ombre disparaît au coin d'une ruelle.
« On s'est fait doublé comme des bleus... »
« Mais qu'est-ce que tu me racontes ?!!!! »
* * *
Je m'appelle Irina Rimpurnov et je viens récupérer mon bien.
Je ne suis pas une extra-terrestre ou une dévote d'une secte quelque-conque. Je n'appartiens qu'à moi-même. Je ne connais que mon histoire. Et mon histoire commence par mon nom, par mon passé. Mon arrière-arrière-arrière-arrière grand-père,Vlad Rimpurnov, a participé à l'expédition KRYSTAL de L'Iskra en tant que peintre de bord - expédition anonyme dont le but était de trouver un trésor sans nom -quoi qu'on en dise- sur une île du Pacifique-. Les rumeurs qui entouraient cette île étaient vagues, propices à l'imaginaire et tournaient autour des mots : « Richesse », « Mystère » et « Gaïa ». Les mufles, aventuriers en tout genre, branles-noeuds, sans-fois ni-lois, bout-en-train et autres calimachoneux, prirent le large à bord de ce navire. Mon aïeul fit partit de cette fine équipe, abandonnant lâchement mon arrière-arrière-arrière-arrière grand-mère à son sort misérable.
Ce qu'ils trouvèrent là-bas, peu de gens l'ont décrit. Mais les Grimauds, eux, savent. Les os de Vlad furent retrouvé près du cristal de roche, dans les mines françaises - bien que cela soit omis dans le rapport du 12 Mars 1904, dont j'eu la connaissance après maints recherches et voyages-.
Comment expliquer ma présence ici ?
Une maladie pourrait l'expliquer. Elle s'appelle le besoin de savoir. Le besoin de retrouver ses racines, de savoir d'où l'on vient, de connaitre ses parents, de connaître les relayeurs, de fouiller, de creuser, d'éprouver cette excitation du pionnier, ce sentiment de côtoyer l'inexplicable...
Mais je bifurque, je m'écarte.
Revenons, si vous le voulez bien, il y a 300 ans.
Mon aïeul aurait découvert, d'après le journal que j'ai aujourd'hui entre les mains, des instruments de mesure hors du commun dans le navire. Ne connaissant le but de leur utilisation, il patienta et s'infiltra sur l'île, alors qu'il était prisonnier. D'après le reste du corps trouvé dans les mines, il fut abattu d'une balle avant de pouvoir comprendre la raison de sa venue et le but mystérieux de cette mission.
Ne reste de mon aïeul que croquis, visages, atmosphère marine, ombres houleuse et portrait à la bougie. Qu'il reste en paix. Ses tableaux orneront l'histoire de mon passé.
Etrangement, la suite de cette histoire reprends en France, au fond d'une mine. Toute la question est : Comment le coffre contenant les instruments, le cristal de roche, ainsi que les corps, purent-ils pu arrivé là-bas, 20 000 km plus loin, au fond d'une mine du Pas-De-Calais ?
La réponse se trouve dans la partie censuré du rapport français.
Après le second éboulement, Oscar Grimaud présente à l'équipe de sauvetage une nouvelle galerie. Celle-ci débouche sur une petite grotte lumineuse dont le centre est habité par un cristal de roche de la taille d'une petite maison. D'après certains témoignages -récupérés avec le couteau sous la gorge - je peux assurer que cela ne ressemblait à rien de connu, ou peut-être aux cristaux trouvés dans les Mine de Naïca, au Mexique, mais rien de semblable. Un seul et unique bloque de 4 tonnes, mat, pâle, possédant un foyer lumineux en son centre, ciselé et froid. Le plus intriguant fait son irruption par la suite. Rationalistes et sceptiques, prenez la porte du fond, cela ne sert plus à rien de m'écouter.
Après s'être approcher, Oscar Grimaud aurait fait le geste de trop. Le petit cristal, trouvé dans le coffre, correspondait parfaitement à un emboîtement situé au cœur du grand cristal. Il l'enfonça dedans, par curiosité, comme une clef, et tout prit alors son sens. Il fit un pas dans le cristal et disparut, fondu, happé par la roche. Les autres membres de l'équipe en perdirent leurs voix et leurs yeux. Certains fuirent, pris d'un délirium tremens dont ils pensaient être les victimes. Par le manque d'oxygène. Ou par le gaz. L'un d'entre eux, Eugène Deroulède, prit son courage à deux mains et rejoignit Oscar dans le cristal. Ce qu'il décrivit ensuite dépasse l'entendement. Croyez moi ou non, il s'est retrouvé téléporté dans la grotte située sur l'île du Pacifique où mon aïeul avait débarqué, lui et l'équipage pirate de l'Iskra. D'abord, il y eut la moiteur, l'obscurité de la grotte, puis le trou éblouissant de lumière et la découverte de la forêt tropicale, du chant des oiseaux, de la chaleur qui étouffe et des odeurs de sous-bois, des arbres et des embruns salé transportés par la brise de l'Océan Pacifique.
Ils revinrent dans la grotte, en France. Parlèrent de ce qu'il avaient vu, sentit, touché. Les mineurs restèrent bouche bée. Oscar ramena une noix de coco. Ils n'y croyaient pas. La partie censuré du rapport s'arrête là.
D'après d'autres sources, Oscar Grimaud prit les devants et demanda la paternité de cette découverte. Des voix contraires s'élevèrent parmi les mineurs, particulièrement les représentants de la Compagnie et de l'Etat. Un engrenage complexe se mit en place à partir de ce jour là, entre une faction pro-découverte et une autre, administrative, préférant garder sous silence cette porte spatio-temporelle dont les priorités inconnues effrayaient. Ou étaient convoité. Un consensus fut apparemment trouvé, entre le silence de certains et l’appât du gain des autres.
Monolithe tombé du ciel, cristal de roche à propriété nouvelle, veine minérale à travers la terre, arborescence mystérieuse, réseau Gaïa, système de transport extra-terrestre, relais inter-spatiale, affabulation, hallucination collective : la liste non-exhaustive des qualificatifs donnés à ce rocher ne permet pas d'englober la révélation, la surprise et l'étonnement que furent ces voyages. Des rumeurs parlent d'autres rochers. Les informations manquent, mais je dois encore approfondir mes recherches. Je suis là pour mes racines, pas pour concurrencer les Grimauds. Car les Grimauds ont réussi à s'enrichir grâce à ces roches, dans le domaine du transport. Comment ont-ils réussi à garder le secret ? Cela reste occulte. Peut-être que lycée Grimaud sert de zone de protection, de lieu de transit. Je ne le sais pas. Ce qui est sûr, c'est que d'autres roches existent, que l'empire économique Grimaud, qui a atteint son apogée, va bientôt connaître des fuites et des rebondissements.
J'ai retrouvé les carnets de mon aïeul. C'est le plus important.
Ce poste de secrétaire intérimaire dégotté il y a quelques mois m'aura permis de m'infiltrer dans ce bureau des Grimauds et d'attiser les penchants les plus bas du directeur, plutôt que ses soupçons. Une petite expédition de voleurs de bas-étages m'aura permis de trouver la combinaison. Et de les doubler. De toute façon, il n'aura pas cerner l'envergure de leurs trouvailles. Je les remercie quand même.
Je m'appelle Irina Rimpurnov et mon histoire s'arrête ici. Elle reprendra peut-être un jour, sur d'autres latitudes, dans quelques années ou quelques millénaires, qui sait ?
* * *
Il y a de nombreux relayeurs dans cette course, mais personne ne sait où et comment elle se finit.
Le relais, sans le savoir, vous l'avez dans votre poche.
Oui.
Vous venez de regarder dans votre poche et vous n'avez rien trouvé ?
C'est normal, je parle d'une métaphore.
Vous ne savez pas quel est cet animal aquatique à poil roux qu'est la métaphore ?
C'est normal, une métaphore est une figure de style et non un animal, et elle me permet d'exprimer ce phénomène étrange et invisible portant le nom savant d'arbrus généalogicus.
Ou le fait que chaque personne, sans le vouloir ou le savoir, porte en lui le relais du temps, le relais des générations, que chaque personne est à la pointe d'une immense ramification, le maillon final d'une longue chaîne qui, lorsque vous regardez derrière vous, apparaît comme un vaste champ se déroulant au loin, l'antériorité des relayeurs se démultipliant,
se démultipliant.
se démultipliant.
Et soudain, vous comprenez la richesse et la complexité d'un arbre, des racines au bourgeon, vous comprenez la beauté des liens vitaux qui lient une barrière de corail, la subtilité des carambolages dans une partie de billard et les mouvements stellaires des fourmis sur un talus.
Derrière vous, quelqu'un vous a passé un relais.
Ce relais contient le génome de votre Histoire. Petite ou grande, invisible ou résurgente.
Certains objets sont les relais du temps, et ce sont les seuls vrais trésors matériels à mes yeux.
RELAIS
2ème Partie
Rapport d'incident : Eugène Deroulède – Officier des Mines Françaises
Lieu : Somain, Pas-De-Calais, Fosse Davy, 8ème Goulots, 1050 mètres de fond.
Date : 12 Mars 1904.
Avons descendu la mine par l’ascenseur principal et avons accéder au premier plateau. A quelques centaines de mètres, le second ascenseur. 1 minute de descente. Arrivé au fond. Cherchons le 8ème goulot. Suis accompagné de Jacques Réfonse, adjudant-chef en gendarmerie et de deux mineurs : Alphonse, mineur chevronné, et Nicolas, jeune haveur, fils du disparu.
Visages anxieux. Obscurité humide et empesté de poussières. Nicolas tremble des jambes.
Arrivé dans le 8ème goulots. Marchons à travers le dédale. Tête baissé, Alphonse et Nicolas portent les lampes à huile. Beaucoup de poussières. Croisons mineurs. Visages noircis, éclairés furtivement. Anxiété. Bouchon. Descendons encore une centaine de mètres. Des haves sont baillés sur les côtés, attendant le désengorgement. L'empire sous-terrain s'étends sur plusieurs mètres. Troupe de mineurs. Une trentaine. Ils creusent face à l'éboulement. L'homme disparu est dessous. Relais de plusieurs personnes. Goulot écroulé vers 9H20, ce matin. Il est 10H54. L'homme dessous est sûrement mort étouffé. Impossible de survivre aussi longtemps. Nicolas se rue sur l'éboulement. Aide comme un forcené. Nouvelle dynamique. Discussion entre le supérieur et Jacques, pour le procès verbale. Désengorgement beaucoup trop long.
Les haleines sont moites dans l'air. La poussière pénètre narines et bouches. Crissement de dents. On retrouve la lampe et le casque du disparut. Oscar Grimaud, père de 3 enfants, marié. Bon travailleur dans l'ensemble. Tendance à la rêverie.
Silence. L'un des mineurs l'a demandé. Pose sa joue sur la roche. Le son du néant. Un martèlement sourd se fait entendre vers 11H10 dans les ténèbres : le code des mineurs lors des effondrements. Nicolas réponds. Le désengorgement reprends. Effervescence. Brancardier prêt. Premier trou de communication. Tentative de contact. L'homme semble avoir l'esprit clair. Semble même avoir une voix enthousiaste. Il a trouvé quelque chose. Le travail continue. Entendons des mots étranges. Un photographe vient de descendre dans la mine pour le journal local. Colère de certains. Prises de bec. Alphonse calme le jeu.
Après plusieurs minutes d'acharnement, un passage est ouvert. Nicolas passe le premier. Un « Hourra ! » résonne dans la mine. Les visages sourient. Oscar Grimaud est en vie. L'homme a la chemise déchirée, l'arcade ouverte et les yeux étrangements ouverts. Semble étrangement heureux. Nicolas joue un morceau de guimbarde. Mélodie. Joie en larme. Oscar nous montre un coffre. Sombre et couvert de boue. Demande expressément une pioche. Ne veut pas être soigner. Tout le monde veut voir le coffre. Les mouches ont changé d'ânes. Une pioche passe de mains en mains. Violent coups. Plusieurs tentatives. Coffre très solide. Mais les mineurs ont le bras dur.
Le coffre éventré, à la lumière d'une lampe. Trouvailles légèrement décevantes. Des carnets humides. Du cyrillique. Du russe, semble-t-il. Une toile. Des crayons. Et un cristal de roche de la taille d'un poing qui émerveille et laisse les mineurs rêveurs. Des faisceaux lumineux partent dans tout les sens.
Oscar est hystérique, fiévreux aussi. Les mineurs se mettent autour de lui. Une photo est prise. Oscar tient la toile d'un tableau. Un Trois-Mâts. La mer. Le bleu des nuages au milieu de l'obscurité de la mine. Le flash crépite. Apparition soudaine des visages sous la lumière. Le cristal de roche scintille.
Un second éboulement ébranle le goulot à 11H42.
Cris.
Souffle de poussières.
Silence.
Certains se relèvent.
D'autres pas.
On se compte.
Plusieurs blessés. Eboulis en écho. Les brancardiers ne sont pas venus pour rien. Remontage des blessés. Bousculement. Oscar est excité. Veut absolument nous monter quelque chose. Nous n'avons pas le temps. Le danger d'un troisième effondrement pèse sur le goulot. Oscar ne veut rien entendre. Il hausse la voix. Nous le suivons, à contre-coeur. Une petite dizaine de mineurs. Derrière l'éboulement se cache un chemin. Une galerie. Marchons à travers un petit vallon. Lampe allumée, mais étouffement de poussière, granule vaporeux et ténèbres. Le vallon s'aplanie. La poussière se tasse. Des squelettes gisent dans la terre. Une atmosphère étouffante.
Quelque chose soudain au centre d'une grotte. De la taille d'une maison. Gigantesque et Monolithique. D'un blanc translucide. Nous nous appro
(SECRET DEFENSE )
Prescrivons le silence absolu sur cette affaire
Avons pris connaissance des doléances de Mr Grimaud.
Le contenu du coffre restera en sa possession.
Fin de la deuxième partie.
( Isaac, le Pirate - Christophe Blain )
RELAIS
1ère Partie.
L'histoire que je m'apprête à vous raconter est un relais.
Elle est plutôt courte, bien qu'elle brasse de nombreux siècles et draine avec elle de nombreuses vies. Vous auriez pu entendre cette histoire au fond d'un bar, de la bouche d'un vieux poivrot, un peu marin et un peu marrant, ou de vive voix, lors d'une conférence animée par un spécialiste en archéologie sous-marine - et accessoirement en histoires incroyables. Vous auriez pu aussi l'entendre au bord de l'océan, après quelques rhums, mais vous l'auriez peut-être oublié.
L'histoire commence semble-t-il le 16 Mai 1764 à Saint-Pétersbourg lorsque Vlad Rimpurnov prit le large à bord de L'Iskra. Cet homme, d'une trentaine d'années, était là pour une raison simple : il n'avait plus grand-chose à perdre. Ce travail de peintre proposé par ce navire était la seule solution qu'il avait trouvé pour fuir ses créanciers et tenter de ramener un peu d'argent à sa femme et sa fille. Cette décision prise, il n'avait pas réfléchit à deux fois et n'eut pas de regard sur la tâche qu'on lui proposait. Tant qu'il pouvait être loin du couteau des créanciers et des hurlements affamés de sa femme, il en était ravi.
La destination du trois-mats ? Il ne la connaissait pas. Tout comme le but du voyage d'ailleurs, qui, s'il l'avait sût, l'aurait immédiatement fait changer d'avis et aurait donné une tout autre forme à son destin. Mais que voulez-vous, nous aimons tellement voir les hommes tomber.
L'Iskra était réputé comme « le plus puissant Trois-mats de toute la flotte de l'Empire Tsariste… » et cette rumeur venait du capitaine lui-même, personnage haut en couleur et un peu trop porté sur les bouteilles de vodka mal-distillée. Le vieux charpentier Arodnov, qui en connaissait un rayon niveau poulies et aventures mal-fagotées, préférait parler de L'Iskra comme du « pire rafiot que l'Empire Tsariste n'ait jamais connu ». Et si ces bouts de bois tenait encore sur l'eau, c'était uniquement parce que la chaire du marin est une bonne nourriture pour ces créatures des mers.
Malgré les zones d'ombres, Vlad signa le contrat et se fit un plaisir de se mélanger parmi les marins. Dès que le grand large fut en vu, il savoura l'odeur de la mer et cette nouvelle identité. L'existence lui offrait une seconde chance.
Dès le début du voyage, il coucha sur papier ses impressions, les détails du périple et le nom des personnes qu'il l'entourait. Le Second lui demanda de peindre le pont sous toutes les coutures et de faire le portrait de ses meilleurs hommes. Vlad s’exécuta. Il osa quelques questions sur la destination du vaisseau, mais il n'obtint qu'un refus catégorique et l'ordre de reprendre ses affaires aussi promptement que possible. A cela se rajouta un regard noir comme les abysses.
Le charpentier Arodnov fut le premier des marins à être croquer sur le papier. Vlad l'avait choisi pour son visage brut et minéral. Rien ne semblait transparaître de celui-ci, ou à peine une onde électrique à travers ses pupilles bleuâtres. Il se tût un instant et se laissa croquer par la mine du crayon. Les embruns tâchaient le papier. Cela donnait du corps au dessin. Au bout de quelques minutes, le marin observa l'esquisse et, satisfait, tapa un grand coup dans le dos du peintre. Vlad valdingua. Il se releva et remercia le marin. Il en profita pour lui poser la question qui lui brûlait la langue :
« Savez-vous où nous allons ? »
Le vieux marin n'eut aucune réaction.
« Si vous êtes ici, c'est qu'il vaut mieux ne rien savoir... »
Malgré cette réponse, Vlad insista et réussit à faire obtenir du vieil Arodnov les coordonnées du bateau au jour le jour, elles qui étaient jalousement gardé par le Second. Mais il n'obtint aucune information supplémentaire. Il savait où il était, mais il ne savait pas où il allait.
Vlad repartit croquer d'autres marins, à la recherche de plus de précisions et d'indices, mais il ne fit qu'obscurcir le mystère. Les uns, violents, grognaient dans l'ombre à cause d'une étrange cargaison, d'autres méfiants, préféraient s'en tenir aux ordres, malgré la réticence ambiante. Tous les jours, Arodnov lui fournissait la position du vaisseau, sans en rajouter. Vlad commença à dresser le chemin parcouru et à imaginer un cap. Malgré ça, le mystère s'épaississait un peu plus tout les jours.
Une nuit, il profita d'une soirée bien arrosée pour descendre dans la soute et explorer les entrailles de la bête. Après les dortoirs, les réserves, il trouva une porte condamnée. Ce n'était pas l'armurerie, car il venait de passer devant. La porte portait un sceau étrange. Un cercle à l'intérieur duquel une étoile était taillée. Il tenta d'ouvrir la porte, mais elle était fermée. Il chercha un pied de biche ou un outils lui permettant de rentrer. Au premier coup de pieux, le Second atterrit devant lui et le repoussa. Il fut enfermé dans ses quartiers pour une semaine et s'en remit à lui-même. Il eut une pensée pour ses dettes qui l'avaient poussé à venir s'empêtrer jusqu'ici et à sa femme qu'il avait abandonné. Elle semblaient le narguer maintenant dans l'ombre, accompagné des trois Parques, ces petites vieilles, manipulatrices du destin, qui lui tissait un mélange d'entourloupes et de coups fourrés.
* *
*
Le soleil éclatait au milieu du ciel et Vlad peignait une aquarelle de la proue du vaisseau quand la vigie hurla : « Terre ! TERRE !». D'après ses calculs, ils venaient de remonter le Pacifique Sud. Les 6 mois de voyage touchaient maintenant à leur terme.
Et c'est à ce moment là que l'équipage décida de se mutiner.
Emerveillé par l'apparition de l'île dans son champ de vision, pointe verte au milieu de l'eau bleue, Vlad ne comprit pas immédiatement ce qu'il se déroulait. Il vit les hommes se scinder en deux, la garde du capitaine se lever d'un côté, prendre les armes puis reculer soudain devant un hérisson de lames tendues par les mutinés. Deux courageux furent transpercés et jetés à la mer. Cela freina les autres.
Un matelot se dressa parmi les mutins, un homme svelte, maigre, mais de haute stature et qui marchait avec une aisance diabolique. Il ordonna à ce que l'équipage, le Second et le Capitaine soient enfermés dans le bureau de la kommandanture et aux autres mutinés de sortir le coffre. L'homme fixa soudain le regard de Vlad.
« Toi le peintre, tu restes ici... »
« C'est encore à moi de choi... »
Une lame vint se caler sous sa gorge et fit taire ses hardeurs.
L'homme sourit :
« Tu viens sur un bateau comme L'Iskra... Tu devrais savoir ce que veulent dire les mots exil et damnation... »
* *
*
Des hommes remontèrent un coffre depuis les soutes, ainsi que des instruments de mesures. Ils les firent descendre sur les chaloupes. Vlad devina la cargaison derrière la fameuse porte. Le coffre était sombre, couvert d'une surface vitreuse et noire et semblait contenir autre chose que de la poudre à canon.
Les mutinés embarquèrent sur les chaloupes en direction de l'île et accostèrent sur la plage. Au bout d'un quart d'heure, ils avaient disparut dans la forêt, sous les ombres brûlantes.
Le reste de l'équipage fut déclaré prisonnier. Les quelques traîtres qui restèrent sur le Trois-Mats montèrent la garde et attendirent la nuit.
Vlad, qui sentait l'odeur de la curiosité lui monter aux nez, décida de s'enfuir du bateauet de rejoindre la rive à la nage. Il traversa sans encombres le bras de mer et se faufila dans la forêt, dans la nuit, ses carnets en poches et ses toiles pliées dans un sac en cuir. Il tomba sur le camp des mutinés, endormis. Quelle était le but de cette mission ? Pourquoi lui, pauvre petit malchanceux, avait-il fourré son nez dans cette histoire ?
L'équipée sauvage s'était arrêté sur les flancs d'une montagne. Les hommes s'étaient mit à creuser en suivant les indications donnés par les instruments de mesure inconnus. Une bien étrange scène s'étalait sous la lumière de la lune.
Que cherchait-il ?
Vlad profita du silence pour se diriger vers le coffre. Un gardien dormait contre, la tête de côté et la bave aux lèvres. Vlad prit ses précautions. Il détacha lentement les lanières de cuir qui l'entourait. Il souleva lentement le couvercle. L'homme remua. Vlad s'immobilisa, et attendit dans le silence. Le marin grommela dans son sommeil :
« J'ai jamais voulu v'nir chercher du fromage... Et puis, chuis pas une souris.»
Vlad resta silencieux, à la limite du fou-rire et de l'arrêt cardiaque.
Puis il souleva lentement le reste et fronça les sourcils en voyant l'objet à l'intérieur.
« Qu'est-ce que... »
Il eut juste le temps d'entendre la détonation et de sentir le froid de la balle qui s'enfonçait dans ses vertèbres, et ce fut la fin...
Fin de la première partie...
The Grandmaster
De Wong-Kar-Waï
Enfin, le grand esthète cinéphile honk-kongais réussit à combiner son art du détail, du sfumato et du photogramme de la mémoire, avec l'art du combat, du geste parfait et de la mesure dans l'époustouflant. The Grandmaster est un chef d'oeuvre, rien de moins. Avec peut-être les plus beaux combats de kung-fu jamais filmé...
Planet Terror
Robert Rodriguez
Gorgé à ras bord de pulpe sanguinolente, Rodriguez nous offre tout ce qu'un film Z peut offrir de bon et d'horrible, tout en gardant l'esthétique d'un réalisateur cinéphage, mais aussi opportuniste. Ça sent bon le Carpenter, la brume bleue et les bandantes-dessinées. Rajoutez à cela, un strip-tease, des zombis boutonneux et de la badassitude à son sommet, que demandez de plus à nos cerveaux pervers et immoraux?
Allez, juste pour le plaisir... Pourriez vous me donner le nom de ces deux gus ? Et sur quel plateau ils se trouvaient ?
:D
Bellflower
Evan Glodell
Film de potes – l'acteur principal est aussi le réalisateur et le scénariste -, les sales mômes de la CoatWolf ont décidé se faire plaisir et d'adapter les Feux de L'Amour avec Mad Max. Malgré le côté un peu clinquant, hipster bo-goss de Californie, ce film suinte la hargne et l'envie d'ouvrir le cinéma, de lui mettre le feu au cul et de le faire rugir de plaisir. Post-moderne au possible, assaisonné à la sauce des séries américaines et injecté de Tarantino/Rodriguez's touch, Bellflower est une belle plante vénéneuse, qui ravira les fifrelins et décevra les plus austères.
P.S. Les petits salauds préparent un autre film, dont la demande de fond est ICI... Ah les salauds !
Le Miroir
Andrei Tarkovski
Certains films semblent avoir été fait sans le postulat d'une diffusion à un public et se parle à eux-même pendant 2 heures, entre un petit biscuit, une tasse de thé et un joint de la taille de la Taïga. Le Miroir est l'un de ces films, un cocktail proustien, poétique et charbonneux, une suite de vision-éclair, d'instants perdus, d'errance et de sinuosités, qui laisse le spectateur sur le bord du chemin, l'air con. Of course, comme à chaque fois chez Tarkovski, des images d'une beauté faramineuse vous éclate à la rétine et vous statufie la gueule, entre Delatour, Vermeer et Bruegel.
Mission,
Laurent Joffé
Malgré une magnifique scène d'introduction, le début du film traîne un peu la patte, avec ce mauvais triangle amoureux et ces tics de mise en scène année 70 ( Ah, le zoom...), mais la seconde partie mérite amplement le geste et les honneurs. Les personnages campés par De Niro et Irons sont de vrais habitations, entre la glace et la lave. La charge émotionnelle contre l’obscurantisme et les vieilles manigances religieuses est terrible.
Jeanne D'Arc
Luc Besson
Luc Besson ne semble pas très habile avec le mystique, qui pour moi, peut vraiment devenir intense lorsqu'il est caché, et non montré sous les traits d'un Jésus hippie ou d'une voix robotique. Les efforts de reconstitution, décors et costumes, restent impressionnants, malgré la peur de croiser Jacquouille à chaque coin de rue. Quelques charges désespérés d'une Jeanne en chaleur ont quand même réussi à me faire lever les poils du dos.









