JOURNAL CHINOIS

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Samedi 26 Juillet : 9ème Jour

 

Il est 23H50.

L'avion va bientôt démarrer.

Beijing – Dubaï.

Sur mon siège, je ferme les yeux. Et je me remémore la journée en marche arrière, comme si, depuis ma position, je pouvais rembobiner le fil de mes pas. En 700 images par secondes.

D'abord, l'aéroport. On discute avec un flamand. Il fait de l'animation et ressemble à un junky. Des Sud Africains ont raté leur avions. Douane. Le bus. En marche arrière. Au KFC. Il fait nuit, on mange et c'est bon. Laura garde les bières consignées. Ça me marque. Quentin pose avec des passantes sexy et je les prends en photo. Puis on s'arrête. On lève les yeux. Et on mate les immeubles « Adidas » aux contours futuristes. « Uniqlo ». « H&M ». « Prada ». On se croirait dans un décor de science-fiction. Mélanges des souvenirs. Les autres font des emplettes dans un grand centre commerciale, et avec Quentin, on filme la ville. On s'est mit sur un pont, au-dessus d'une artère et on a réussi à chopper le coucher de soleil, orange et rouge, entre deux branches d'arbres. La circulation est très dense en dessous. Deux vieux clochards mendient et dorment sur le pont. Et aussi, aux premières marches, un type sans bras sur un fauteuil roulant, dort, avec une espèce de pâte jaunâtre sur le crâne qui ressemble à de la moutarde.

Encore en arrière, il y a le centre commercial. Puis le trajet en bus. L'eau fraîche que Loïc a acheté, un miracle. Les cartes postales écrites en deux-deux. Et le soulagement après le plus gros flip de l'histoire. Une demi heure d'attente à la sortie de la Citée Interdite. Seul. Sans portable. Sans aucun moyen de communication. Entouré de milliers et de milliers de touristes. Avec personne de l'équipe à l'horizon. Moi, mon trépied et ma caméra. L'impression d'être un pauvre gamin perdu. L'attente interminable. L'air con.

Encore avant, flashback. La cité Interdite.

Imposante. Massive. Titanesque et sublime. Visite trop rapide pour en saisir la magie.

Je rembobine encore, les gens marchent en arrière et parlent étrangement. Certains passages sautent. D'autres coulent.

La place Tiananmen. Vaste. Remplie de caméras. La tête de Mao, au loin, nous regarde en coin, avec ses grosses bajoues de bouffeur de riz, de révolutionnaire communiste et de tyrans meurtriers.

Encore le bus.

La cassette qui tourne en arrière fait un bruit de machine à laver du temps.

On rentre dans le bus, à fond. Et puis, la Muraille de Chine. Je sens des gouttes de sueur dégouliner le long de mes mollets. La montée est à pic. Interview sur une tourelle. Pauses et poses. Mais on doit redescendre. Touristes. La muraille est impressionnante. Envie de grimper pendant des heures.

Et encore avant, dans le bus du matin, je lis un passage du routard sur le printemps 1989. Et la révolte étudiante. Laura m'explique que la place Tiananmen (« Place de la porte de la Paix Céleste ») est très surveillée maintenant, parce qu'elle représente un haut lieu de contestation. Aujourd'hui, comme les gens ont leurs téléphones portables, pas de révolution. Des voitures doublent le bus alors que les voies sont bloquées. Ils sont fous ces chinois.

Et soudain, le réveil dans l'hôtel, à Beijing.

Les petits yeux fatigués.

Les étoiles du réveil.

Les yeux qui papillonnent...

En même temps, je suis là. Dans l'avion. Sur mon siège. Je peux revenir sur la place Tiananmen, dans ma tête. Observer, en souvenir, les gens qui marchent au ralenti. Mettre un nez rouge sur celui de Mao. Me balader sur l'échine des grandes maisons qui composent la Citée et sauter au-dessus des places pour voler. Doucement.

J'aimerais dormir, mais mon corps ne veut pas. Nuit blanche dans l'avion.

 

Dimanche 27 Juillet : 10ème Jour

 

Arrivé à Dubaï. Douche bienfaisante. Chocolat chaud. Chiotte. La base.

Lolo, Mils et Quentin se reconnectent sur Facebook. Parenthèse étrange où je les regarde tout les trois sur leurs téléphones, retrouvant les informations de leur entourage. Facebook, c'est un peu le journal locale. Avec du débile, du banale, du narcissique et parfois du chaleureux, du partage et de l'information.

Départ.

Impossible de dormir. Mes nerfs sont tellement noués qu'ils me font mal. Je regarde « Dallas Buyers Club ». C'est émouvant. Réalisé un peu comme un épisode de série télé. Mais avec de putains d'acteurs. Arrivée à Charles de Gaulle. Adieux avec les copains. Clap de fin.

Marche pour le métro. Quelle est la différence entre l'aéroport de Pékin et de Paris ? À un alphabet près, rien.

 

Conclusion :

 

Après toutes ces aventures, je me dois de faire un petit topo. J'ai écrit le mot « Conclusion » là-au-dessus, comme un bon élève, mais il s'agit plutôt d'un dernier paragraphe pour la route, comme un dernier verre.

Si je devais retenir quelque chose de ce voyage, c'est forcément les instants partagés. Dis comme ça, ça fait bateau. Mais c'est vrai. Les découvertes communes, les rigolades entre potes, le tournage et les moments de pause, la découverte d'un pays, la Chine et ses habitants, accueillants, roublards, humbles et simples, que ça soit Michèle ou le petit joueur de ping-pong, c'est ça que je garde. Vous pouvez me comparez avec le scribe dans « Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre », il n'a finalement pas si tort, le Otis.

En tout cas, je me serais pris la Chine en pleine gueule. Elle m'aura brisé les clichés en un plaquage et m'aura ouvert sur un monde d'une autre échelle. Alors que j'imaginais ce pays avec son petit paysan, cultivant sa rizière, pépère, avec un air de musique zen en fond, j'ai pu voir avec les copains, un méga-monde. Une civilisation en pleine expansion. Qui pousse et gonfle comme un champignon monstrueux. Rien que l'urbanisme est à crever les yeux. De la science-fiction à l'état pure, voilà ce que c'est. De la pollution et des millions d'humains.

Je regrette peut-être la rapidité du voyage, qui nous aura permis de découvrir qu'un petit bout de l'Iceberg, mais ça n'était pas un voyage touristique. Ce voyage m'a été offert et ce fut une putain de chance. Merci donc à tout le monde, Loïc, Quentin, Emilien, le SAS Epinal, le Conseil Général des Vosges, Michèle et Laura, les entraîneurs et les joueurs.

Pour terminer, j'aimerais juste garder quelques images-desserts, celles qui font plaisir à la fin, pour partir tranquillement sur d'autres routes.

En prononçant le mot Chine, je me rappellerais de son odeur. Animale, moite, rance, fauve, oscillant entre le relent de chiotte, le vinaigre et le riz chaud.

Je me souviendrais aussi de ces gourdes transparentes que les chinois transportaient avec eux comme de petits aquariums, dans lesquels on pouvait voir quelques feuilles de thés flotter dans l'eau, accompagnés d'autres poissons bizarres, comme une rondelle de citron ou des formes blanches louches.

Je me rappellerais surtout de cette marche nocturne dans Pékin, la nuit. Les portes entrouvertes sur ces cours minuscules, ces venelles étroites, ces lampions rouges devant chaque magasin, l'air tiède, la poussière jaune, les regards dans la nuit, les joueurs de cartes qui lèvent la main pour miser et les feuilles d'arbres qui crissent...

Xiè xiè !

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