JOURNAL CHINOIS

 5/6

 

Jeudi 24 Juillet : 7ème Jour

 

Forcément, ça n'aurait pas été drôle si le lendemain, on n'avait pas dû se réveiller à 6 heure du mat' pour filmer LE TRUC le plus important du séjour... Naaaaaaan. Grosse gueule de bois, donc. Le « Chinese Spirit » remonte du fond de l'estomac et nous dit « Bonjour », avec ces 45 degrés de patriotisme. Dur dur, le réveil.

Petit dèj. La finale du tournoi se déroule à 7H30. Epinal joue contre des coréens. On se dit que ça va être pépère. Ils vont leur mettre 6-0 dans le calbut et on en reparlera plus. Sauf que les coréens ont la gniack(oué). Premier but pour les coréens sur une erreur du gardien spinalien. Déconfiture. Aucune réaction des coachs. Mais égalisation rapide. Puis devancée d'un but. Au trois quart du match, 2-1 pour Epinal. Encore une fois, je pensais que c'était plié. Quetchi ! Les coréens égalisent à la toute fin de match. Ouch ! Pas de prolongation, on va directement au pénalty. Après un arrêt magique du gardien et des tirs réussis de la part des spinaliens, la victoire est assurée. Parthouze de joie. Yeepeekayai. On va pouvoir retourner nous coucher. Mais quand même avec des frissons de joie partout dans le dos.

L'après-midi, cérémonie de clôture sous la pluie. Dragouille des ados avec les coréennes. Ils reçoivent la Coupe. Joie et danse. Retour au centre sportif. Soirée boum pour clore le tout. Avec autant de budget que le « Plus Grand Cabaret du Monde ». La salle est immense, une équipe de tournage (5 caméras, plus une grue) enregistre la soirée. On a l'air de gitans, à côté. Présentateurs bien sapés. Danses de joueurs provenant du Xinjiang. Musique arabisante. C'est par là-bas que vivent la communauté des ouïghours. Les vosgiens, eux, font la chorégraphie de Moussié Tombola. Je ne vais pas critiquer ce choix musicale, je suis un spectateur lambda, ce soir.

Découverte des trois entraîneurs : Djamel, Micka et Alex. Ces mec m'impressionnent. D'un côté, Djamel est un vrai capitaine de navire. Une main de fer dans un gant de velours. Il a une incroyable lucidité et une excellente lecture du jeu. Que cela soit footballistique ou existentielle. Mika est plus en retrait. Plus dans la confidence et dans le soutien. Lui n'a pas besoin de parler pour s'imposer. C'est une force de la nature. Alex c'est la patte culturel et sociale. Il a joué avec Djamel dans l'ancien temps, ça créé des liens. Il est réfléchi et entraînant (Pratique pour un entraîneur...).

 

Vendredi 25 Juillet : 8ème Jour

 

Préparation des valises. Départ en bus pour le centre ville de Weifang. On se croirait dans Blade Runner. Grands immeubles. Carrefours. Artères. Veines. Pulsations hautes fréquences. Panneau publicitaires immenses. On rentre dans un centre commerciale propre et impeccable. Mais cher. On demande à trouver de la contre-façon. Michèle nous emmène dans un autre marché. Plus bordélique celui-là. Avec de petits couloirs, composé de centaines de petits cubes, avec un chinois ou une chinoise à l'intérieur, qui glande ou regarde des séries sur son portable, et qui nous regarde d'un air curieux quand on passe devant eux.

Midi, retour au centre. On mange des assiettes repas d'Alsace. (Merci Papa !) Dernière clope dans l'hôtel avec Emilien. Bus. Direction la gare. Nous rentrons dans un TGV. Autre ambiance. Dans le train, on refait une belote avec Djamel et Alex. C'est là que va se jouer une répétition de l'Histoire, comme en fait tout les jours. C'est là que l'arc narratif de la belote reviens ! Accroche toi à ton slip, mon cher lecteur !

En effet, cette première partie dans le train ressemble étrangement à la terrible défaite que nous avions essuyé lors de notre première rencontre à l'hôtel. La situation est là : avec Loïc, nous avons remontés admirablement et nous ne sommes plus qu'à quelques points de remporter la manche. Je me retrouve dans la même position d'il y a quelques jours. Soit je prends, je refais la même erreur et je me fracture le crâne de honte... Soit je prends, et je réussis ce paris. Débile et têtu comme un âne, je tente le tout pour le tout et je prends. Les plis s'accumulent. Décompte des points. Suspens. Verdict : on l'a fait. Joie !

Apprendre à ne pas réitérer ses erreurs, c'est tout un art. Proverbe chinois.

Beijing. Une petite dame toque de toutes ses forces à la fenêtre de notre compartiment. C'est notre guide de la capitale, Laura. Sortie de la gare. Nuit. Bus. Les rues de Beijing sont bondées, animées. Immenses artères comme on en a jamais vu. Direction, le restaurant. Arrivée devant un grand bâtiment. Moquette rouge. Grande salle. Des cuisiniers arrivent et découpent des canards laqués devant nous, à vitesse grand V. Avec les morceaux, de la sauce, de l'oignon ou du concombre, on fait de petits sarcophages. Qui s'avèrent excellent. Retour en bus, la panse bien remplie. Hôtel. Les ados sont envoyés dans leurs chambres. Nous profitons alors d'un moment de répits pour filer en douce prendre la température et se laisser aller dans les rues. Marche nocturne avec les quatre fantastiques. Sûrement l'un de mes moments préférés.

Petite ruelle déserte. Air calme. Échoppes. Lumineuse et blanche dans la nuit caramel. Devant certaines, des types mangent. Des brochettes accompagnée de bières. Ou des plats étranges et fumants. Les fenêtres des petites maisonnettes sont magnifiques. Devant les portes, les lions ont toujours des gueules de cons. Les briques se mêlent aux câbles. De petites motos une place attendent. Emplettes. On marchande à 11h du soir. Puis, on continue notre marche. Quentin a le nez en l'air, l'oeil curieux. Lolo, fatigué, marche lentement, avec ses claquettes, le dos qui ondule. Emilien, avec ses lunettes de soleil, prends des photos. Moi, je suis content que mon appareil photo n'ait plus d'écran. Je prends des photos au pif, sans savoir ce que ça donnera. Arrivée devant un lac. Petite loupiote au fond, dans la glu noir de la nuit. Terrasse. Bar  « Le Lotus Bleu ». Ecran de télévision où le Tour de France est diffusé. Etrange de voir ça ici. On nous propose de rejoindre des lady. Non merci. Retour.

Sur le bord de la rue, allongés sur des matelas, toute une famille dort. Ça ronfle et ça rêve. Plus loin, à la lumière d'une échoppe, une partie de carte se joue. De l'argent est posé sur la table. Des épluchures de cacahuètes jonchent le sol. Les mecs lèvent un doigt. On repart. Douche. Dodo. Grosse journée demain.

C'est beau une ville la nuit.