Couilles, Clebs et autres pérégrinations
Couilles, Clebs et autres pérégrinations mentales....
Il fait froid. Il pleut des gouttes froides. Tellement froides. On dirait qu'elles sortent d'un frigo. Je ne savais pas que le ciel avait un frigo à la place du ventre... C'est sûrement pour ça que les oiseaux se gèlent parfois le cul en volant trop haut. Quels cons ces oiseaux.
J'ai l'impression qu'il pleut depuis trois semaines. C'est terrible.
J'aurais bien voulu commencer cet article par un soleil souriant, un horizon turquoise et une brise marine qui vous coule sous les bras... J'aurais eu les pieds dans des eaux cristallines, j'aurais été assis sur une chaise longue, à l'ombre d'un arbre exotique, un verre de mojito dans une main et un livre de Richard Brautigan dans l'autre... Mais malheureusement, ce n'est pas le cas du tout.
Sur le palier de la porte, me voici.
Je porte un anorak jaune appartenant à mon père, qui est trop grand pour moi et qui me donne le même air que le méchant dans Jack Slatter IV. On dirait que je pars à la pêche au crabe. C'est trop classe. Pour couronner le tout, j'ai une écharpe grise autour de la nuque, un bonnet de lutin des bois tout vert sur le crâne et des groles caoutchouteuses qui couinent et font de la mousse quand je marche. Heureusement qu'il n'y a aucun espion du bon goût au Basses-Huttes, parce que sinon, je me voyais déjà convoqué au tribunal de Grande Prestance pour outrage à la mode publique, avec des affiches "Wanted : " Cet homme est loufoque ". Bon, faut dire aussi qu'il n'y a personne aux Low Hutts, et que l'ambiance rappelle plus un cimetière écossais qu'un p'tit patelin franchouillard. Donc, fuck le tribunal du bon goût. Je l'envoie paître moi, le bon goût.
Je ferme la porte. Je regarde le ciel tout moche, couleur serpillière.
Monde de merde.
Je me suis fait réveiller il y a 10 minutes par mon chien, mon très cher compère canin du nom d'Ulysse. Il a ouvert la porte de ma chambre, comme chaque matin, et m'a fourré son museau humide sur la gueule. Il parle pas, mais il sait s'exprimer quand il veut quelque chose. Comme sortir pisser par exemple. Parce que monsieur a une petite vessie, et des territoires à défendre.
Bref. Je mets la laisse autour du cou de Jean-Eudes et j'avance sur la route mouillé. Mister le Chien est tout excité d'avoir les burnes à l'air et de pouvoir sniffer chaque coin d'herbe.
En parlant de burnes, j'ai les miennes qui grattent. C'est le matin ça. En plus de tout ça, je dois avoir une putain d'haleine de Chamak (Contraction de chameau et de yak ). Je vous raconte pas...
Et voilà que mon gus s'en va lâcher une belle rasade sur les jantes chromées d'une Porsche, stationnée sur le parking de l'hôtel d'à côté. Non, mais NON ! Reviens ducon ! Il regarde dans une autre direction pendant sa vidange, une jambe en l'air, comme s'il ne m'avait pas entendu. Il fait le tour de la caisse, puis il revient vers moi, avec une espèce de sourire sur la gueule qui semble dire : « J'en ai rien à foutre ». J'imagine déjà le proprio de la Porsche sortir de l'hôtel et me gueuler dessus. En allemand peut-être. Je répondrais alors, dans un allemand parfait : « Ah mais non monsieur, j'ai tout fait pour l'en empêcher... Mais dites-vous qu'il pleut depuis 10 jours, et que ça partira au lavage... »
En grimpant la côte, je me suis souvenu que je voulais vous parler d'autre chose que mon chien stupide. Je voulais vous parler de... De quoi de nouveau ? Attendez. Il y a plusieurs voix qui me parlent en même temps... Oui... Oui... Oui Nelson, non, pas maintenant... Non plus... Pas de Derrick... Non … Je veux parler à ma mémoire... Ma MEMOIRE ! Oui, merci... Alors, de quoi je voulais vous parler de nouveau ? Ah oui, c'est ça ! Merci.
Donc.
Le premier sujet est un livre.
Son titre : Extrêmement fort et incroyablement près.
Son auteur : Jonathan Safran Foer.
La suite, Jeudi...