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Un regard sur la route
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21 juillet 2009

Morse de Thomas Alfredson, Assistant monteur,

Morse

de Thomas Alfredson,

Assistant monteur, Thomas Lee

 

morse_8

 

C'est de la poésie noire et sanguinolente. C'est glacial comme du givre sur le parbrise d'une voiture, et chaud comme du sang sur le bout des lèvres.

Tout commence par de la neige, par une pluie de particules blanches et calmes, qui chasse l'obscurité du générique, et qui fait rentrer lentement le spectateur dans l'histoire, dans cette ambiance glauque et lunaire, chère aux pays scandinaves. L'histoire raconte la vie d'un petit garçon du nom d'Oskar.

Il a 12 ans, des parents séparés et connait aussi bien les systèmes d'autopsie d'un corps noyé que la table de multiplication de 8. Seulement Oskar a un problème. Muni d'un tempérament plutôt timide, il est devenu la cible préféré d'autres garçons. En bon souffre douleur, il subit la violence, les moqueries, les coups dans le dos, les imitations de porc à son approche. Ce quotidien ressemble à s'y méprendre à tous ce qui l'entoure: les immeubles tupper-ware copie-conforme, la neige immaculée à perte de vue et cette nuit omniprésente. La vie sous perfusion.

Alors l'enfant s'est  procuré un couteau, et le film commence avec cette arme, cette objet de vengeance encore imaginaire. Peut-être un jour il les " fera couiner comme des cochons ". Souvent, ce couteau reste au placard des idées macabres. Les années érodent les vieux démons, et chassent du même coup les pulsions animales. Tout vient à bout à qui sait attendre- ou à qui sait souffrir. Oskar attend donc. Il s'entraine sur un tronc d'arbre. Il regarde à travers la fenêtre et cherche une issue. Et un soir, au bas de l'immeuble, des nouveaux arrivants se garent. Une fille sort de la voiture avec son père. Elle s'appelle Elie, et elle est sa nouvelle voisine. Commence alors une étrange histoire ....

Morse parle quelque part du fantasme de l'ami protecteur. Imaginez que quelqu'un arrive dans votre vie, vous comprenne et règle vos soucis en un coup de crocs, c'est ça le fantasme. Elie, contrairement aux parents et à leurs passivités, va jouer le rôle de l'adjuvante protectrice. Elle va réanimer et soutenir la colère d'Oskar,  délivrant ainsi les chiens de la violence qui grognaient au coeur de l'enfant. Elie va elle trouver en Oskar, un camarade, une moitié. Ainsi les deux parias se réunissent, et ensemble, forment quelque chose de plus forts. L'imaginaire arrive à la rescousse.

L'histoire d'amour entre ces deux enfants n'en est finalement pas une. Dans les normes sociales, ce genre de relation est voué à l'échec. Un humain. Une vampire. Tout est impossible. Il y aurait cette pulsion permanente par rapport au sang de l'autre qui ne pourrait disparaître. C'est là où l'histoire entre Eli et Oskar trouve tout son charme. Car les deux enfants braveront la règle. Ce sera l'union de deux coeurs dans le blizzard. Avec aucun sous-entendu. Juste un couple de gamins qui s'aime des yeux. Oskar se sacrifiera une fois, s'ouvrant une veine pour calmer la soif de la jeune fille. Il met son premiers pas hors de l'enfance, et rentre lentement dans ce passage qui ankylose, cette adolescence, avec ses dents de sagesse et sa découverte du désir.

Il ne sait pas comment s'appelle toutes ces émotions. Il laisse passer Eli par la fenêtre pour qu'elle vienne dormir avec lui, sans comprendre le symbole d'un tel geste, sans comprendre la beauté d'une telle image. Il n'y aura donc jamais de passage à l'acte entre les deux enfants. Et c'est là où est toute la beauté.

LettheRightOne_In

 

Dans le film, les vampires gardent leurs caractéristiques: le père calfeutre les vitres pour barrer le passage du soleil, il  saigne ces victimes et  recueille le précieux liquide, comme un boucher viderait son cochon pour le boudin du dimanche. Mais ce qui fait l'originalité du vampirisme dans Morse, c'est son réalisme.

Le film joue beaucoup  moins sur les clichés habituels des vampires. Ici, le traitement ressemble plus à du Saw que du Twillight ( Référence au nageurs emprisonné dans les vestiaires). Ici, pas de manoirs lugubres, de Von Carstein zum Gluck, de chandeliers, de sourires brightz ou de baisers dans le cou.

Morse est un film réaliste qui trempe à certains endroits dans une fange gelée et fantastique. Certaines  scènes sont d'ailleurs très brutales, malsaines, voir frileuses, mais elles restent discrètes. C'est poignant, mais suggéré. L'horreur est toujours à la frange. Comme une ombre dégoulinante qui ne se montrerait qu'à certains coin de rue. Cette volonté montre bien l'attention dédié aux enfants, à leurs relations, et surtout à cette vie sociale en périphérie. Les vieux poivrots dans le bar, qui tourne en rond dans leurs vies, sont tout aussi importants que les jeunots .

Prenez donc l'ambiance de  Nous les Vivants de Roy Andersen - sans le côté burlesque -  mélangez-le avec une histoire d'amour saignante entre une vampire et un jeune garçon, rajoutez un grain d'horreur, et vous obtiendrez un aperçu de ce que peut être Morse, ce conte polaire et viscérale. Car certes adressé à un public adulte de par sa violence, le film mords tout de même profondément et va jusqu'à secouer ce vieux grenier rempli de poussière d'enfance. Morse rappelle d'ailleurs  l'univers de Guillermo Del Toro avec ces films sur l'enfance et sa fantasmagorie, sur cette alchimie entre imaginaire et réalité(Devil's Backbones, et Pan's Labyrinth).

Au final, on se met à s'extasier devant chaque plans, comme devant tant de bijoux. On pense à un cabinet de chirurgie sous la neige qui aurait servi de décor pour filmer une vampire mannequin en train de croquer un coeur sanguinolent. On pense aussi au  film de David Slade: « Hard Candy », avec cette lumière léchée et ces couleurs vives.

Et puis il y a ce dernier travelling dans le train, avec le vent qui s'engouffre sous la vitre, le rideau qui flotte, Oskar assis à côté du cercueil, les codes morse, le regard d'outre-tombe, le vide onirique du wagon, le souffle des rails. Myazaki n'est plus très loin. Et c'est sublime.

Morse est film froid qui fait véritablement chaud au coeur.

 

right_one_in_both

Autour du film:

Thomas Alfredson  était de passage à Nancy, pour une avant première au Caméo St-Sebastien. Une démarche plutôt à l'aise, la silhouette boulotte, de grosses lunettes à montures noires et un visage sympathique d'adulte encore adolescent, voilà en quelque trait le spécimen.

Il a nous parlé d'une anecdote sur le tournage. L'équipe voulait imiter à la perfection une incision dans la chair d'Eli. Ils avaient pour cela décider d'utiliser un cochon.  Un boucher du coin s'était ramener avec une victime, sauf que le jour J, tout le monde aperçu une protubérance sur la tête du cochon. Par pitié, ils ne filmèrent pas ce passage, et renvoyèrent le boucher et son compagnon. Une des scènes clés du roman fut donc occulter, ce qui au final, n'enlève rien au gout du film.

J'avais pût aussi demander comment il s'était débrouiller pour choisir les enfants.  Le réalisateur nous a répondu qu'il avait fait un casting de plus de 1000 enfants, et que pour trouver la perle rare, il cherchait dans chaque enfant , une ressemblance avec deux animaux: une chèvre pour Oskar et un serpent pour Eli. Je ne sais pas s'il y a une ressemblance, mais c'est ce qu'il  nous répondit .

Il nous a aussi dit que les américains avaient acheté les droits et que J.J.Abrahams était intéressé par une adaptation. Le remake semble bien parti pour sortir aux U.S. Matt Reeves, confrère de Abrahms et réalisateur de Colverfield, s'y collera. On peut encore souffler jusqu'en 2010.

On peut entendre une chanson dans le film: A flash in the night - Secret Service. C'est un vieux tube des années 80, assez sympa à écouter, plutôt kitsch, mais sympa. Dans l'ambiance du moment.

Morse est une bonne contre-partie au  bulldozeur cinématographique «Twillight ».  J'ai pour ma part, largement préféré le film suédois. Peut-être est-ce le fait que cette relation entre un garçon et une vampire correspond plus à ma nature, ou bien est-ce parce que je déteste les regards niais de trois plombes, les gentils familles mormones et les faux vampires qui ont des paillettes sur le torse? Je ne sais pas... Ahaha...  En tout cas, je profite de l'occasion pour le dire: « Je vomis sur Edward! »

Un morse est un animal marin à deux défenses, qui fait penser à certains noctambules stockeriens, pour leur dentition. Mais c'est aussi un système de communication, qu'Eli et Oskar utilise dans le film. L'ambivalence du titre français rend bien hommage au titre original.

Le titre international ("Let the right one in"), lui, évoque une particularité rarement exploitée dans la mythologie des vampires : leur obligation de se faire inviter avant d'entrer chez quelqu'un.

 

 

morse_2

 

 

 

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Commentaires
P
Très beau film, un des meilleurs de cette année. Vive le cinéma suédois :D ! Bel article aussi. A bientôt et bonne route (huhu ^^) !
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