SLAM #3

 

Oyé, oyé, braves gens, nobles dames et bides à bière,

Tendez bien vos esgourdes et attachez votre derrière,

Le fabliau de ce soir aborde un sujet grave, mais qui ne paie pas de mine,

Je veux bien sûr parler d'un vent entre deux collines.

 

Il n'y a pas si longtemps de cela, alors que la nuit était tombée dans la rue Mt-Désert,

Alphonse et Jocelyne, les tenanciers de la boucherie chevaline,

Furent réveillés par une pétarade du tonnerre...

Qui laissa dans la chambre un relent de phacochère.

 

« Ma mie, depuis quand fais-tu de la publicité pour le camembert ? »

Demanda Alphonse, qui faisait le moulin à vent avec les rideaux.

« Mais enfin ! C'est toi, Alphonse, qui a largué les amarres comme un paquebot !

Je t'ai entendu, on aurait dit le Queen Mary II au départ d'une croisière ! »

 

Chacun reprochant à l'autre d'être le trompéteur intempestif

Un silence circonspect posa ses fesses sur nos deux suspects.

Qui des deux loustics avaient brisé les accords de Paix ?

Seul un télépèthe aurait pu le dire !

 

Alors, d'un geste qui trahissait toute sa culpabilité,

Avec la mine d'un prêtre avouant son onaniste pêché,

Avec la timidité que seul sont capables les puceaux dans un club échangiste,

Jocelyne pencha la tête et dit d'un air triste :

 

« Alphonse, je croyais que ce n'était qu'un petit vent, pas une tempête !

Je m'en veux, tu sais, mais j'aimerais que tu me respectes... »

Alphonse, ému par tant de sincérité, n'eut pas l'âme à pester.

Il s'approcha alors de sa mie et lui chuchota ces quelques mots :

 

« Ma chère et tendre Jocelyne, pour peu que tu te sentes mieux,

Et que tu lâches un peu la pression au pieu,

Sache que j'en suis ravi, car, comme dit le proverbe :

Femme qui pète au lit, sera toujours fidèle à son mari... »

 

Ils s'embrassèrent alors sur la bouche et l'incident fut clôt.

Mais avant de s'endormir, Alphonse dit tout bas ce qu'il pensait tout haut :

« Ma foi, j'aurais bien donné un peu d'mon fric

Pour qu'elle porte un string et fasse une note de musique... »

 

La morale de cette pauvre histoire,

C'est que si l'amour ne tient qu'à un fil,

Pour un vent suspect,

Il ne faut pas se faire de bile,

Et que l'on peut vivre heureux,

Même en pétant à deux.