SLAM #2

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REGAIN

 

À toi mon ami, mon semblable, ma sœur, mon frère, mon camarade, mon double, mon énigme, mon mystère. Je viens vers toi avec l'énergie du fou, du sans sou, du sang sur les mains, d'la sueur dans l'cou et du son sorti d'ma boue.

 

Pour te dire, j'ai écrit ce texte sur le recto d'un C.V. Peut-être qu'avec cette méthode, j'aurais au moins un entretien avec Madame la Poésie, elle qui n'est pas pressée et qui ne me pose pas de lapin quand je chasse le CDD.

 

Écoute-moi maintenant mon frère, donne-moi un peu de ton temps, que je puisse m'accorder, pour gravir avec toi, ce mur de silence et, notes après notes, crochets après crochets, poser les mots-prises et atteindre le sommet.

 

Je voudrais que mes mots soient comme des piles, qu'immédiatement sorties de ma bouche, ils viennent se glisser pile-poile dans ton oreille et allument l'ampoule de ton petit grenier, qu'une éblouissante claque t'électrocute et qu'un courant électrique, à faire danser un paraplégique, t'électrochoc !

 

Tu es beau mec, meuf, tu es le représentant de l'humanité, comme chacun de nous, tu as des mains d'alchimistes, touche ton voisin et tu feras de l'or, rends-toi compte, tu es un chef d'oeuvre, une aberration de vie au milieu du néant, tu as la foudre en toi, répète-le, et si tu ne me crois pas, écoute, écoute ce cœur palpitant qui bat BOUM BOUM ! Arrache cette grisaille qui te colle à la gueule, bon dieu ! C'est toi l'enfant soleil, c'est toi le super-héros de ta vie. Personne d'autre n'a le droit de prendre ta cape. Et au fond, tu n'y crois pas, mais ça se trouve, l'éboueur que tu as croisé tout à l'heure, c'était peut-être Peter Parker...

 

Alors vas-y, mets ton slip sur ton pantalon et va sourire aux gens comme si tu leurs offrais une fleur.

 

Ferme les yeux et laisse rentrer la forêt, juste là, laisse pousser les arbres, les odeurs de sous-bois, les cèpes, les aiguilles de pins et les crapauds de froid.

 

Tu n'y crois pas hein, gros malin, mais pourtant, c'est toi le chevalier, avec ton armure de peau, tes bras épées et ta meilleure arme, tu la connais ? Elle est là, la beauté, dans une petite boite. Avec elle, tu peux tout faire. C'est la clé à toutes les serrures. Alors lève toi et slam. Tu es un chef d'oeuvre, ne l'oublie pas !

 

Quand je vous vois tous, là, je me dis qu'on est grand, qu'on est fort, qu'on peut y arriver, on peut être les McGyver des mots et, avec une lettre et une feuille, foutre un bâton de dynamite dans le dico.

 

Après, tu sais, t'as le droit de passer ton chemin, d'me dire « Laisse tomber, gros... » mais sache que je reviendrai à la charge, encore et encore, et même entre le hors-d'oeuvre et le dessert, tel une couleuvre des marais, je viendrai te susurrer : N'oublie jamais, TU ES UN CHEF D'OEUVRE !!!